La Lamentation de Blanche Neige - LabOfilm&1

CREATION 2012

"La Lamentation de BlancheNeige" est une pièce chorégraphique

 et une expérience de montage cinématographique.

   À travers un jeu de caméras, deux corps opérateurs dansent devant et avec des caméras vidéo. Trois caméras : deux fixes et une mobile qui circule d'un corps opérateur à l'autre. On a vu le clap pour les synchroniser, on a probablement reconnu la voix de Pasolini qui dit « motore » … Elles tournent en permanence. Cependant, leurs objectifs sont tantôt recouverts d'un voile noir, tantôt plaqués contre le corps. Si le son continue à être enregistré, l'image est un noir. C'est ce que le spectateur peut comprendre.

Il comprend aussi qu'à certains moments ce sont des espaces cachés à sa vue qui sont filmés, mais, comme il ignore l'intention ultime des actes qu'il voit, tout lui apparaît comme quelque chose d'étrangement ritualisé, mystérieux et énigmatique. Les gestes, les sons, les textes, les changements de lumière, tout ce qui constitue la première partie du spectacle, est perçu comme un récit dans lequel il ressent la fragilité de l'identité des personnages, leur capacité à basculer dans l'animalité, à passer de l'amour à la haine ou au meurtre.

 

 

                                     Mais le premier mouvement trouve une réponse inattendue dans le second lorsque se met en place la projection du film tourné. Le spectateur découvre que tout ce qui s'est déroulé sur scène est le scénario d'un film, d'un film qui prend la forme d'une triple projection : un écran pour chacune des caméras. Et là, maintenant, c'est une autre histoire qui est racontée, plus cruelle encore, plus dramatique encore, plus lourde d'histoire, comme si la première partie du spectacle consistait à cacher ce qui pourtant le fonde.

 

Dans ce projet, Olga Mesa développe son langage chorégraphique grâce aux jeux de cadrage, au croisement de champs-contre-champs et au montage en direct. Ces procédés et cette grammaire cinématographique lui permettent de proposer au public une expérience unique qui se charge de signification au fur et à mesure que le spectacle avance.

 

Le temps filmé par la caméra mobile durant la première partie… se trouve toujours au centre du triptyque dans la deuxième partie.

On voit qu'ici, la caméra a été confiée à un troisième corps opérateur, extérieur au plateau. Il le filme, mais il va aussi en coulisse, dans le théâtre et même jusque dans la rue. Les corps des danseuses et du public viennent s'inscrire alors dans un espace et un temps hors-champ, complètement inattendus.

 

                                     Au cours de la pièce tout est instable et les danseuses/interprètes semblent changer de lieu et de personnages en permanence. On se demande : qui est Blanche-Neige ? Qui est la marâtre ? Où est le prince, le miroir, le chasseur ? De quelle nature sont leurs relations ?

Le dialogue entre les deux corps opérateurs et le dispositif révèle peu à peu des mémoires souterraines qui invitent le public à entrer dans un parcours labyrinthique rempli de signes et de fenêtres qui ouvrent sur d'autres histoires possibles.

 

                                                En définitive, tout l'espace, avec ses réverbérations lumineuses et ses résonances, devient un personnage supplémentaire de la pièce. Un personnage qui se transforme lentement pour devenir finalement la maquette d'une autre scène plus vaste qui va inclure l’espace du public et s’étendre encore, au dehors.